Laboratoire et Service International d'appui Aux Organisations d'Economie Sociale et Solidaire

Zoom sur le commerce équitable, une nouvelle donne dans la géo-économie mondiale !

La mondialisation est une arme à double tranchant. À côté des bienfaits qu’elle a apportés, elle a augmenté les inégalités entre les riches et les pauvres. Certes, l’effet global de la mondialisation semble positif puisque la pauvreté serait passée de 43% en 1981 à 21% en 2010, selon certaines études. Mais la distribution des avantages resterait inégale si on compare les grands producteurs et les petits. C’est la raison qui pousse les altermondialistes et les organisations de la société civile (OSC) à revendiquer la dignité humaine pour les populations vulnérables de l’hémisphère Sud.
Dans un tel contexte, l’économie sociale et solidaire constitue une nouvelle branche de l’économie en pleine expansion et très ouverte à la recherche. En tant que notion-clé de cette économie, le commerce équitable constitue un nouveau champ en théorie comme en pratique.

Aujourd’hui, le commerce équitable est un mouvement cherchant depuis des décennies à aider les petits agriculteurs des pays en voie de développement à sortir de la pauvreté à travers un modèle de commercialisation qualifié d’« équitable ». Une équité fondée sur la possibilité offerte aux producteurs du Sud de profiter d’une plus grande part des profits réalisés par la vente de leurs biens dans les pays développés (Nord).

Le cas de Sao Tomé-et-Principe

Sur le plan géo-économique, certains pays comptent sur cette niche que représente le commerce équitable pour booster leur croissance. La nécessité de relancer les exportations pour combler le déficit de la balance commerciale (-46% du PIB en 2010) et la trop forte dépendance du pays à l’aide internationale, sur laquelle repose plus de 90% du budget de l’État, ont conduit les trois gouvernements qui se sont succédé depuis la mi-2010 à faire de la relance de cette filière l’une de leurs priorités, avec l’appui de bailleurs de fonds et sous le contrôle du Centre de recherches agronomiques et technologiques de Sao Tomé, qui intervient depuis la sélection des fèves jusqu’à la certification de la qualité des produits destinés à l’export.

Créée en 2005, la Cecab (Cooperative de Exportação de Cacau Biologico), qui rassemble plus de 2.000 agriculteurs, dont 38% de femmes, est la plus ancienne structure, la plus dynamique et la plus autonome financièrement. Installée près de Monte Forte, dans l’ouest de l’île, elle regroupe 37 associations. La Cecab est bien équipée sur le plan technique et matériel, ce qui explique que sa production soit passée de 40 tonnes à 1.080 tonnes de cacao certifié bio-équitable entre 2006 et 2015. Certes, la production, qui a atteint 13.500 tonnes en 2015, reste marginale comparée aux 4,2 millions de tonnes produites au niveau mondial.

Elle assure cependant l’essentiel des revenus du pays et constitue sa principale source de devises, soit 78% de ses recettes d’exportation. Presque toutes les fèves sont expédiées en Europe, mais afin de privilégier la transformation locale, le Papac (Projet d’appui à la petite agriculture commerciale) implantera une chocolaterie à Sao Tomé-et-Príncipe dans le courant de l’année prochaine, qui s’ajoutera à celle de Claudio Corallo. Au niveau national, il y a une prise de conscience de plus en plus importante de ce nouveau créneau.

Valorisation des produits du terroir au Maroc

Le Maroc s’est doté de plusieurs organes et outils en vue de la valorisation des produits du terroir, de la création de la valeur ajoutée et de la création d’emplois, tels la plateforme pour le commerce équitable et Maroc Taswiq.

Durant les cinq dernières années, Maroc Taswiq a joué le rôle d’incubateur pour les coopératives. Il compte ainsi un réseau de 15.000 coopératives contre 4.000 en 2006. Dans le cadre de cet accompagnement, la première Bourse de l’économie sociale est un nouveau projet qui cible les grands utilisateurs des produits, comme la caroube, azir, l’argane et le piment, et qui va permettre une grande valorisation des produits du terroir auprès notamment des laboratoires pharmaceutiques, de cosmétiques ainsi que l’industrie alimentaire. Ils pourront faire leurs achats à un cours fixé en fonction du marché, ce qui améliorera les revenus des coopératives dont une grande majorité tire très peu de revenus de leurs produits.

Le secteur du commerce équitable affiche des taux de croissance importants générés par les ventes de produits équitables Sud-Nord. Depuis 2012, la part des produits bio-équitables au sein des ventes de produits issus du commerce équitable Sud-Nord est en constante augmentation : de 63% en 2012 à 71,20% en 2015. Par ailleurs, on constate une nouvelle tendance, la croissance soutenue du commerce équitable Nord-Nord qui porte essentiellement sur les produits bio. Ce qui laisse prévoir que des rivalités naitrons sur les marchés du commerce équitable et feront appel à des outils de la géo-économie tels l’intelligence économique et la diplomatie économique. Il faut aussi s’attendre à que le commerce équitable fasse couler beaucoup d’encre au niveau de la recherche en géo-économie dans les années à venir.

Le commerce équitable : une croissance soutenue

Aujourd’hui, plus de 1.226 organisations de producteurs dans 74 pays sont engagées au sein du mouvement Fairtrade/Max Havelaar. En 2014, les revenus des ventes de produits labellisés Fairtrade/Max Havelaar se sont élevés, pour les producteurs, à 950 millions d’euros. Dans le même temps, les organisations de producteurs ont reçu 106 millions d’euros de prime de développement. Regroupés au sein de collectifs gérés démocratiquement, les producteurs qui le souhaitent se rassemblent également au sein de réseaux nationaux et régionaux. Ces réseaux favorisent la collaboration, l’échange, le partage d’expériences et l’appui aux producteurs.

Ils permettent la coordination au niveau international, entre les producteurs d’Amérique latine, réunis au sein de la Coordination latino-américaine et des Caraïbes des petits producteurs de commerce équitable (CLAC), les producteurs d’Afrique, réunis au sein de Fairtrade Africa et les producteurs d’Asie et d’Océanie réunis au sein du Réseau de producteurs asiatiques (NAPP). Fairtrade estime que le chiffre d’affaires mondial du commerce équitable sera de 7,2 milliards d’euros en 2016. En 2015, elle regroupait 1,6 million de petits producteurs et de travailleurs dans le sud du globe (Amérique centrale et latine, Afrique et Moyen-Orient, et Asie), soit une croissance d’environ 10% par an.